Sociocrítica.org – Presentación – Présentation

La presente web, en la que se aloja la revista Sociocriticism en su formato digital que en su segunda época es editada por la Universidad de Granada y el Institut international de sociocritique (IIS) –próximamente se incorporarán los números de la primera época, en proceso de digitalización–, responde a la necesidad de difundir entre la comunidad investigadora y demás lectores interesados fundamentalmente los estudios sociocríticos, estudios que tuvieron su origen en la bisagra de las décadas sesenta y setenta en Francia. Son, como señala Malcuzynski, un producto de cierta coyuntura intelectual que vino a renovar profundamente el dominio de las llamadas ciencias humanas y sociales y, entre ellas, el propio campo de los estudios literarios. Dichos estudios sociocríticos comienzan a desarrollarse paralelamente y sin contacto previo en núcleos de investigadores franceses de París y Montpellier, de los que sobresalen, respectivamente, los nombres de Claude Duchet y Edmond Cros. Fueron estos investigadores los que comenzaron a dar forma a unos estudios que desde un principio mostraron un gran interés por el dominio de la particularidad de los textos, si bien, y ésta es una diferencia notable, unos se centraron en la narrativa realnaturalista en lengua francesa –Claude Duchet y Henri Miterand- y otros en la picaresca y otra literatura áurea de corte realista en lengua española –Edmond Cros y otros investigadores de su entorno.

Pero, aunque su origen concreto radicara en Francia, la problemática y perspectivas sociocríticas habrían de desarrollarse entre investigadores de otros países en muy poco tiempo. Así, por ejemplo, en Canadá y otros países americanos, además de en el resto de Europa, llegando a existir hoy día una implantación institucional de estos estudios en distintos centros y núcleos como ocurre con el Institut internacional de sociocritique (IIS), además de con grupos de investigación constituidos en universidades de Canadá, Polonia y Austria, entre otras instituciones y países. En este sentido, puede consultarse en el siguiente enlace el trabajo que María Amoretti, de la Universidad de Costa Rica, ha dedicado al estudio de la institucionalidad e historia de este cuerpo teórico: <http://www.latindex.ucr.ac.cr/filologia-29-1/rfl-29-1-1.pdf>

A partir de los núcleos franceses antes expuestos, comienza a consolidarse en los años setenta la vía de estudio sociocrítica. El grupo de París se organiza en torno a un investigador principal, Claude Duchet, haciendo de la revista Littérature el principal foco de difusión de estos estudios que se ocupaban de los procesos de textualización con el objetivo de discernir en ellos los valores sociales específicos que los orientaban. El grupo de Montpellier, bajo la dirección de Edmond Cros (<http://sociocritique.fr/>), funda la revista Sociocriticism y otros órganos de difusión de sus estudios, creándose muy pronto, en 1974, un centro propio de investigación en el seno de la Universidad “Paul Valery” de Montpellier, el Centre d`etudes et recherches sociocritiques (CERS), que estaría en la base de la creación del Institut international de sociocritique (IIS). El IIS se crea en 1991, en Guadalajara (México), con ocasión de la celebración del II Congreso Internacional de Sociocrítica, estableciéndose sobre las bases de la teoría crosiana. Aquí radica la especificidad del IIS y se explica su intento de elaborar unos estudios que no se limiten a ser una sociología del texto literario, al pretender rendir cuenta de la socialidad de todo producto cultural. En la actualidad, el IIS agrupa muy activos núcleos de investigadores de Costa Rica, Colombia, México, Argentina, Francia, España, Polonia, Marruecos y Costa de Marfil, entre otros.

Preséntation

Au moment [2006] où notre revue Sociocriticism prend un nouveau départ, qu’il me soit permis de rappeler le chemin parcouru tout au long des quarante dernières années ainsi que le développement d’une recherche que j’ai commencée à la fin des années soixante de façon tout à fait empirique dans le cadre de séminaires hebdomadaires qui accueillaient des étudiants de licence et de maîtrise. Certains d’entre vous y ont participé – je pense à Monique Carcaud-Macaire en particulier – et se souviennent sans doute de nos échanges. Jacques Proust, Alain Thomas et moi-même tentions de répondre à vos questions, à vos inquiétudes et à vos objections. C’est vous qui choisissiez les textes à étudier et nous découvrions vos choix au moment même où débutait le cours. Exercice périlleux pour nous mais qui m’a personnellement beaucoup apporté. C’est ainsi qu’un passage de Guzmán de Alfarache que vous aviez sélectionné est devenu pour moi le champ privilégié de mes applications théoriques, périodiquement tourné et retourné chaque fois que s’affinait un nouvel instrument d’analyse depuis Théorie et pratique sociocritiques jusqu’au plus récent de mes ouvrages paru chez L’Harmattan en 2004. Le contrat pédagogique que nous avions souscrit avec vous était clair: vous deviez vous sentir libres d’exprimer ce que vous ressentiez ou pensiez, même si, et j’allais dire surtout si, ce que vous pensiez allait à l’encontre de l’avis qu’un des trois enseignants venait d’émettre. Á cette “école” ce sont les enseignants qui ont sans doute le plus appris: nous avons en effet appris à réfléchir sur notre propre démarche soit pour en modifier le cours soit pour mieux la comprendre afin de pouvoir mieux l’expliquer. Les lectures théoriques étaient bannies de notre programme au bénéfice de l’attention la plus scrupuleuse que nous portions à la matérialité même du texte ou, si l’on préfère, à l’espace du signifiant. C’est autour de cette exploration minutieuse des microphénomènes textuels, menée en dehors de tout a-priori, que j’ai construit ma réflexion personnelle, car il s’agissait, dans un deuxième temps, de proposer une structure explicative où insérer de façon convergente et convaincante les résultats des analyses que nous venions collectivement de mener à bien. Je pense que ma conception de la morphogénèse s’est nourrie, à l’origine, de cette pratique pédagogique;

Nous raisonnions dans le cadre du structuralisme génétique de Lucien Goldmann. C’était la seule référence théorique que nous avions choisi de privilégier, ce qui nous a probablement évité d’être submergés par la masse hétérogène des propositions théoriques qui déferlaient, à l’époque, sur la critique universitaire et au sein desquelles, pour avoit tenté d’en assimiler tous les aspects y compris des prises de position qui pouvaient être contradictoires entre elles, certains de nos collègues plus ambitieux se sont trouvés ballotés et réduits en fin de compte à l’impuissance ou à la désespérance. Notre activité éditoriale, initiée en 1975, avec la parution de L’Aristocrate et le carnaval des gueux prétendait en témoigner: pour illustrer le concept d’homologie structurale le sigle es, pour “études sociocritiques“, se trouvait répété à droite et à gauche en bas de la couverture mais sous une forme inversée et avec des lettres de corps différents. Nous avions également choisi, Alain Thomas et moi-même, pour cette première couverture un grain de papier qui suggérait un arrière-fond où se trouvait reproduite, légèrement estompée, la gravure n° 24 de Goya, “No hubo remedio”. Nous voulions par là illustrer notre conception de la Sociocritique en évoquant, sur le modèle de la Psychocritique de Charles Mauron, au-delà des apparences, un arrière-fond structurel où étaient censés opérer des enjeux socio-idéologiques et c’était sur la nature de ces enjeux que nous diférion évidemment de Charles Mauron.

Notre aventure s’est développée ainsi pendant une dizaine d’années c’est-à -dire jusqu’en 1979, en vase clos, entre discussions amicales, séminaires de réflexion et d’initiation, sans aucune influence autre que les commentaires que nous faisions des différents travaux de Lucien Goldmann. De temps à autre cependant il fallait croiser le fer avec des tenants de la critique traditionnelle et dans de telles occasions Alain Thomas était redoutable: autant il était réticent lorsqu’il s’agissait d’écrire autant il était percutant dans une polémique; doué d’un esprit vif, il savait trouver au bon moment la répartie fulgurante ou l’argument définitif qui nous permettait de l’emporter dans un débat. Il avait amené avec lui ses collègues de littérature comparée et en particulier son complice Jean Fabre dont l’apport, l’humour et la gentillesse nous étaient précieux et qui devait nous sensibiliser aux problématiques de la littérature fantastique et du roman policier. Cette convergence s’est poursuvie plus tard avec Jeanne-Marie Clerc qui, en dehors de son intérêt pour le cinéma concrétisé par la belle étude sociocritique qu’elle a écrite en collaboration avec Monique Carcaud-Macaire, nous a familiarisés mais cette fois-ci en compagnie de Naget Khadda, à la littérature de la francophonie. L’ensemble de ces circonstances, c’est-à-dire à la fois la création de ce séminaire expérimental (anglais, espagnol, français) et l’amitié profonde qui me liait à Alain Thomas explique en grande partie comment et pourquoi notre centre de recherches a été, dès ses origines, pluridisciplinaire, une pluridisciplinarité que la confirmation de nos choix théoriques nous a d’ailleurs définitivement imposée.

Á ces premières ouvertures s’en est ajoutée bientôt une autre dans le domaine du cinéma précisément. J’avais été sollicité au début des années 70 par les animateurs du ciné-club Jean-Vigo (Jacques Faucher, Pierre Pitiot, Henri Talvat) dont le siège était installé à la Cinémathèque de la rue Azéma, pour présenter et animer des séances de réflexion sur la critique cinématographique à partir de mes présupposés théoriques. Ces séances qui, à l’origine, se déroulaient chez les uns ou les autres se sont vite relativement institutionnalisées. Cette nouvelle collaboration représente un tournant capital dans notre démarche pour deux raisons: d’abord – et cella paraît évident – parce qu’elle m’a conduit à sortir du cadre de l’analyse littéraire, ce qui m’a obligé à passer de la sémantique proprement dite à la sémiologie et à affiner à la fois la conception et l’utilisation du concept de texte sémiotique sans lequel toute approche de l’image, de notre point de vue, eût été impossible; ensuite – et cet aspect est tout aussi important – parce que, en nous rapprochant d’un ciné-club, nous nous rapprochions de la Cité et sortions du ghetto universitaire. Ce fut une nouvelle aventure qui donna lieu d’une part au déplacement symbolique de mon séminaire de maîtrse à la Cinémathèque, à l’autre bout de la ville, séminaire fréquenté dès lors également par un public non universitaire mêlé à nos propres étudiants ( Cette mixité a perduré pendant une vingtaine d’années même si, entre temps, nous étions revenus dans les murs de l’Alma mater) et, d’autre part, à la création en collaboration avec Jean-Vigo, de deux Associations, l’I.R.I.M. (Institut de Recherche sur l’Image en Mouvement) et l’I.R.O.C. (Institut de Recherche sur l’Objet Culturel) destinées à prolonger notre activité dans le domaine de l’animation culturelle (série de conférences au Musée Fabre, contrat de conseillers techniques d’un film tourné à l’initiative de la ville de Gignac etc.). C’est dans ce cadre que nous avons participé au lancement des Rencontres Méditerranéennes qui ont, elles-mêmes donné naissance au Festival International du Cinéma Méditérranéen qui , sous la direction de Pierre Pitiot et Henri Talvat a connu et connaît encore, avec de nouveaux responsables, le succès que l’on sait.

Nous étions, depuis déjà quelque temps d’ailleurs, liés à l’équipe de Perpignan et plus particulièrement à Marcel Oms, leader charismatique, fondateur des Cahiers de la Cinémathèque et du Festival Rencontre qui reste une très belle réussite. Dans le contexte du renouveau des pratiques universitaires entraîné par le “mouvement” de mai 1968, j’avais demandé, dès 1969, à Marcel Oms de venir animer un séminaire de critique cinématographique et nous avons été probablement parmi les premiers en France à faire rentrer à l’Université un enseignement du cinéma. Marcel Oms, même s’il se méfiait quelque peu du monde universitaire et des considérations de nature théorique, nous apportait une connaissance exceptionnelle de l’Histoire du cinéma, une approche personnelle souvent fine et convaincante, toujours passionnée et quelques fois provocatrice. Sa disparition dramatique, comme celles d’Alain Thomas, de Jean Fabre et, plus récemment, de Jacques Proust, ont créé, chez nous tous je crois, un vide affectif et scientifique.

C’est encore le cinéma qui m’a donné l’opportunité d’aborder la culture nord-américaine des années 1930-1940 (avec Citizen Kane et Scarface) et de participer de 1981 à 1989 à un séminaire pluridisciplinaire de Cultural Studies à l’Université de Pittsburgh, en collaboration avec la majestueuse Gayatri Spivak entre autres. Ce séjour aux États-Unis venait après deux ans passés à l’Université de Montréal où m’avait accueilli avec sa générosité habituelle Antonio Gómez Moriana dont la complicité intellectuelle m’a depuis lors constamment et fidèlement accompagné.

Entre temps notre influence s’était étendue à une série de pays d’Afrique et surtout d’Amérique Latine où d’anciens de mes thésographes ont organisé et continuent d’animer des Centres qui privilégient, comme il se doit, l’étude sociocritique de leurs cultures respectives. Cette nouvelle extension donne à notre Institut un caractère international particulier. Á l’intérêt que nous portons tous à la théorie et à la pratique d’analyse qui sont les nôtres, quelle que soit notre origine géographique, s’ajoute une vaste confrontation culturelle qui nous permet de soumettre à une même visée critique une matière textuelle et des objets culturels produits par des sociétés qui sont immergées dans des temps historiques qui sont parfois radicalement différents. Nous ne nous sommes peut-être pas suffisamment intérrogés sur ce dernier point: est-il légitime de garder les mêmes présupposés et les mêmes hypothèses d’analyse, le même cadre explicatif, quel que soit le contexte socio-historique? Faut-il introduire des distinguos, de nouvelles grilles distinctes et plus fines et, en ce cas, lesquelles? Dans les nombreuses interventions que nous avons entendues ou lues, cette nécessité n’est jusqu’ici jamais apparue mais la question me paraît devoir être posée et faire partie du programme scientifique que chaque congrès international a comme tâche essentielle à fixer.

Étendue en Amérique latine, notre action s’est moins bien développée en Espagne si ce n‘est en Andalousie à l’Université de Grenade. Depuis les dix dernières années environ nous entretenons en effet des relations suivies et fécondes avec le département de Théorie littéraire Grenadin et, plus particulièrement, avec Antonio Chicharro Chamorro qui a d’ailleurs organisé en 1999 notre Congrès International qui s’est tenu dans la merveilleuse ville de Baeza. C’est à lui qu’a été confiée, avec la direction de Sociocriticism à partir de 2006, la mission d’implanter notre revue dans le paysage culturel et universitaire de la péninsule, ce qui nous a amenés à recomposer l’équipe de rédaction et le comité de lecture. D’autre part, dans un souci d’efficacité et pour mieux assumer notre dimension internationale, trois secrétariats de rédaction ont été créés qui correspondent à trois secteurs majeurs (Amérique latine, Espagne, France et pays Anglo-saxons).

Avec ce numéro, c’est donc une nouvelle époque de Sociocriticism qui commence. Je suis persuadé que, tout en restant fidèle à l’esprit qui a été le nôtre, la nouvelle équipe de direction saura donner à notre revue un nouvel élan. Qu’il me soir permis d’exprimer toute ma gratitude à tous ceux d’entre vous qui, à Montpellier ou ailleurs, m’ont aidé à construire ce qui a été fait, en particulier à Monique Carcaud-Macaire qui m’a accompagné une grande partie du chemin.

EDMOND CROS

El presente texto se encuentra publicado en Sociocriticism, XXI, 2 (2006), 9-15.